La croissance de votre scale-up va trop vite pour vos équipes finances ? Voici la marche à suivre.

Chris Wheeker
Spécialiste des paiements

Les chiffres d’affaires des entreprises d’IA atteignent des sommets qu’on n’avait pas observés depuis la bulle Internet. Certaines entreprises dépassent la barre des 100 millions d’euros de chiffre d'affaires annuel récurrent après à peine deux ans d’existence. Cette vitesse est impressionnante, mais problématique pour les équipes finance, car leurs systèmes ne sont pas conçus pour une croissance aussi fulgurante.
Je passe le plus clair de mon temps à échanger avec des fondateurs et directeurs financiers de scale-ups dans l’IA et j’entends constamment la même histoire. Ces dirigeants me parlent de la création d’une entreprise réellement innovante, de levées de fonds considérables et de recrutements à un rythme soutenu sur plusieurs marchés. Puis, ils avouent, d’un ton embarrassé, que leur infrastructure financière est « un brin chaotique ».
La vérité est souvent pire qu’ils ne le laissent paraître.
Traversez-vous le parcours financier typique des scale-ups ?
Toutes les entreprises IA à succès commencent de la même façon et elles sont nombreuses à suivre la même trajectoire : une idée géniale, des premiers financements, puis une course effrénée pour la mise au point du produit. Dans ce tourbillon d’activité, l’infrastructure financière glisse en bas de la liste des priorités, ce qu’on peut comprendre dans une certaine mesure.
Voici ce qui se passe dans la plupart des cas. Pour commencer, vous optez pour des produits standard qui font l’affaire au début. Un compte pro chez une banque classique. Un outil pour les dépenses. Un autre pour le paiement des fournisseurs. Un troisième pour les virements internationaux et enfin, un outil de facturation.
Puis l’entreprise se développe à grande vitesse. Il vous faut payer une équipe de développement en Estonie, ouvrir un bureau commercial à Londres et étendre votre présence en Asie-Pacifique via Singapour ou Hong Kong. Chaque marché implique une nouvelle relation bancaire, un nouveau prestataire de services de paiement et de nouvelles exigences en matière de conformité.
Et sans même vous en rendre compte, vous vous retrouvez à gérer six plateformes différentes, qui ne résolvent chacune qu'une seule pièce du puzzle. Des solutions initialement pratiques se transforment en imbroglio complexe de systèmes disparates. Si cela vous parle, poursuivez votre lecture.
Pourquoi votre entreprise IA fait face à des pressions uniques
Ces défis se font particulièrement sentir chez les entreprises IA en hypercroissance. Les investissements mondiaux dans l’IA générative ont bondi à 56 milliards de dollars en 2024, selon Tech Crunch, soit une hausse de 92 % par rapport aux 29 milliards de dollars enregistrés en 2023.
En France, 32 start-ups ont dépassé le seuil des 100 millions d’euros de levées cumulées en 2026, contre 24 un an plus tôt, révèle Tech Insider. Selon le mapping 2026 de France Digitale, 67 % des start-ups françaises ont levé des fonds pour un total de 16 milliards d’euros.
À l’inverse des entreprises SaaS classiques qui peuvent mettre des années à établir leur présence sur un seul marché, les entreprises IA se lancent souvent à l’international dès le départ. La demande de la clientèle émerge dans plusieurs régions à la fois. Les investisseurs font pression à la fois pour un développement rapide et pour la maîtrise de la trésorerie. Le résultat est explosif.
Vous vous retrouvez pris en étau. D’un côté, vos investisseurs attendent de vous que vous connaissiez à tout moment votre burn rate, vos prévisions de trésorerie et votre autonomie financière. De l’autre, il y a la réalité du terrain. Vous recrutez rapidement à Singapour, Londres et San Francisco. Ces trois sites exigent des paiements dans des devises différentes. Les ingénieurs achètent des crédits à OpenAI. Votre structure de coûts n’a rien à voir avec celle d’un logiciel de compta classique.
Ce qui prenait autrefois trois à cinq ans se fait désormais en douze mois. Une infrastructure financière conçue pour 10 personnes et un chiffre d’affaires modeste n’est tout simplement pas adaptée à la gestion de 200 personnes réparties sur différents continents et à des flux financiers qui se comptent en millions.
Quand les tableurs sont-ils devenus vos pires ennemis ?
La vaste majorité des fondateurs d’entreprise en phase de démarrage n’a pas de formation en finance. Votre mission est d’inspirer une vision et de développer le produit. Vous bricolez des systèmes qui fonctionnent à peu près.
Vous finissez par créer des modèles de recherche complexes dans Google Sheets pour répondre à des questions simples. Quel est notre niveau de trésorerie ? Quel est notre burn rate ? Quelle est notre durée d’autonomie financière ?
Jack Zhang, CEO d’Airwallex, a parfaitement résumé la situation dans un post sur LinkedIn. « Les directeurs financiers continuent d’assembler des tableaux de bord, des tableurs et d’autres outils pour répondre à des questions aussi simples que "Où en est ma tréso ?" ou "Quel est mon burn rate ?"
En 2025, cela ne devrait pas être si compliqué d’y répondre. Pourtant, pour des scale-ups d’IA jonglant entre les entités et les devises, ce sont réellement des questions difficiles.
4 coûts cachés qui pénalisent votre croissance
L’impact de systèmes financiers disparates dépasse les problèmes opérationnels. Quand on hérite de cet amalgame, on se retrouve confronté à des défis avec un impact direct sur la croissance de l’entreprise.
1. Vous évoluez à l’aveugle
En l’absence de source unique de référence sur les dépenses de l’entreprise, il devient pratiquement impossible de prendre des décisions informées concernant l’allocation des ressources. Les entreprises d’IA se développent dans différents différents secteurs. Si l’on regarde de l’autre côté de la Manche, au premier trimestre 2025, près de la moitié du capital-risque accordé à des entreprises de santé au Royaume-Uni a été attribué à des start-ups IA, selon une étude de HSBC. Chaque nouveau segment apporte son lot de complexité.
2. Des frais cachés minent votre autonomie financière
Vous perdez des milliers d’euros parce que chaque bureau régional et chaque base de clientèle a sa propre solution de paiement. J’ai parlé à des créateurs d’entreprise qui se sont rendu compte qu’ils payaient des doublons d’abonnements à des logiciels dans différents bureaux. Aucun système ne suivait l’ensemble des dépenses. Et n’oubliez pas qu’une gestion efficace des devises reflète la maturité financière, alors ne soyez pas cette équipe qui facture tout le monde dans la devise du siège.
3. Vos équipes finance sont sous l’eau
Vos équipes finance consacrent 60 % de leur temps à faire des rapprochements comptables et à éviter des catastrophes, alors qu’elles devraient s’occuper d’établir des prévisions et d’optimiser les budgets. Certains ont découvert des factures de fournisseurs traitées deux fois ou des paiements importants retardés.
4. Vous ne pouvez pas répondre aux questions importante
Le marché français montre des signes de maturité. Près de la moitié des acteurs sont rentables ou prévoient de l’être d’ici 3 ans, tandis que le chiffre d’affaires cumulé du secteur a dépassé le milliard d’euros en 2025. Dans ce contexte, les investisseurs portent leur choix sur des entreprises qui démontrent une forte croissance tout en faisant preuve de contrôle sur leurs finances.
Si vous préparez votre prochain tour de table et que vous n’êtes pas en mesure de répondre rapidement aux questions des investisseurs, vous avez un sérieux problème.
À quoi ressemble une infrastructure financière parée pour l’avenir ?
Selon une étude de France Digitale et Sopra Steria Ventures, la France recensait 1 114 start-ups IA en 2025, dont 32 ont bouclé des tours de table supérieurs à 100 millions d'euros.
La réussite appartient aux entreprises qui évoluent rapidement tout en gardant le contrôle. Cela nécessite des systèmes financiers offrant une visibilité en temps réel, l’automatisation des tâches répétitives et une évolution facile au rythme de votre croissance.
L’observation de Jack sur l’évolution du modèle des SaaS vers celui de l’IA semble pertinente ici. Comme il l’a noté :
« Le SaaS nous a donné de la visibilité. L’IA nous a apporté de la rapidité. »
Les outils SaaS classiques ont numérisé la finance, mais ils ne la gèrent pas réellement. La nouvelle génération d’outils sera différente. Des systèmes autonomes qui peuvent gérer les rapprochements de compte, les prévisions et les paiements, sans intervention humaine incessante.
Toutefois, on ne peut pas construire de finance autonome à partir de systèmes disparates.
Pour les scale-ups de l’IA, la question ne porte pas sur la nécessité de moderniser ou non son infrastructure financière, mais sur le meilleur moment pour le faire. La plupart des entreprises attendent que la situation soit insoutenable : la préparation d’un tour de table, une absence totale de suivi des dépenses, des équipes finance menaçant de démissionner.
À ce stade, régler le problème tout en maintenant l’activité ressemble un peu à remplacer le moteur de votre voiture tout en conduisant sur l’autoroute.
L’autre solution consiste à traiter l’infrastructure financière avec la même urgence que le développement du produit. Assurez-vous de la mise en place de systèmes robustes à un stade précoce, avant d’entraver votre croissance.
Vos concurrents se développent rapidement. Ne faites pas de la fonction finance un obstacle à votre croissance.
Chez Airwallex, ces conversations avec des scale-ups de l’IA ont façonné notre manière d’envisager les infrastructures financières modernes. Nous savons que résoudre ces défis demande plus que des solutions ponctuelles.
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Chris Wheeker
Spécialiste des paiements
Chris est le spécialiste des paiements SaaS et e-commerce pour Airwallex en EMEA. Chris aide les entreprises à optimiser leurs opérations dans le domaine des paiements internationaux.


