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Published on 3 July 20266 minutes

Commerce agentique : guide pratique pour préparer votre entreprise

Mohamed Mehanna
Product Director, Payments Platform

Commerce agentique : guide pratique pour préparer votre entreprise

L’e-commerce repose sur un principe : il y a un humain de l’autre côté de l’écran. Nous avons conçu les boutiques en ligne en soignant leur attrait visuel, optimisé le référencement pour les moteurs de recherche et créé des flux de paiements adaptés aux habitudes des utilisateurs de cliquer, faire défiler et saisir du texte. Le commerce agentique remet en cause ce principe de base.

À présent que les agents IA commencent à découvrir des produits, comparer les options et effectuer des achats pour le compte des consommateurs, les commerces en ligne ne développent plus leurs solutions uniquement pour les humains. Ils s’adressent à des agents opérant avec une intention humaine. Cette évolution oblige les acteurs de l’eCommerce à repenser leur infrastructure technologique en matière de découverte des produits, de sécurité et de paiement. Ceux qui considèrent le commerce agentique comme un simple canal de plus risquent de devenir invisibles auprès des agents, de s’exposer à de nouvelles formes de fraude et de finir dépassés face à la complexité des protocoles. À l’inverse, ceux qui prennent le temps de s’y préparer vont accéder à une nouvelle demande, réduire la friction et garder le contrôle à mesure que l’écosystème évoluera.

Quand les robots découvrent les produits

Aujourd’hui, la découverte des produits se fait via des canaux conçus pour les humains : sites web de marques, marketplaces, publicités et résultats de recherche. La confiance et la découverte des produits se construisent visuellement et émotionnellement à travers l’image de marque, le design, les avis de clients et l’expérience d’achat. Mais les agents ne naviguent pas sur votre site et ne réagissent pas au design de la même manière que les gens.

Ils interrogent les flux de produits en appliquant les critères définis par l'utilisateur. Des critères classiques comme le prix, la disponibilité ou le délai de livraison ont leur importance, mais il ne faut pas négliger des éléments contextuels, tels que les occasions, la provenance des matériaux et les valeurs de la marque. Cela signifie que la richesse et la structure des données sur votre produit (la mesure dans laquelle elles répondent à des questions concrètes) comptent tout autant que le produit lui-même.

Il en découle une évolution subtile mais majeure dans la manière de déterminer la visibilité. Les flux de produits doivent pouvoir non seulement satisfaire les critères classiques, mais aussi fournir des données riches en contexte que les agents d'IA générative pourront interpréter. Les agents vont également mettre à rude épreuve l’infrastructure de gestion des flux de produits, car on peut s’attendre à une envolée de requêtes fréquentes en temps réel concernant les stocks, les prix et autres informations sur les produits.

Pour les commerces, cela introduit un nouveau type de risque lié à la visibilité. Vous pouvez avoir une forte identité de marque et une superbe boutique en ligne, mais si les agents ne parviennent pas à analyser vos données produits, c’est comme si vous n’existiez pas aux yeux du groupe d’acheteurs en ligne affichant la plus forte croissance.

Pour que les agents découvrent vos produits, vous devez aller au-delà du référencement naturel traditionnel et envisager la consommation de contenu sous l'angle de l’IA générative. Vous pouvez commencer par des mesures simples. Vérifiez que votre catalogue de produits contient des métadonnées structurées et cohérentes ; enrichissez les descriptions de produits avec des données contextuelles (cas d'usage, contraintes, conditions de livraison) ; et donnez accès aux informations sur les stocks et les prix via des API et des points de terminaison MCP ou des flux capables de prendre en charge des requêtes et des mises à jour plus fréquentes.

Il ne s’agit pas de remplacer votre boutique en ligne, mais de vous assurer que les agents vous voient et vous comprennent.

La confiance, nouveau vecteur de conversion

Traditionnellement, les commerces en ligne ont conçu leur sécurité pour se défendre des machines : des systèmes de risque repéraient et bloquaient les attaques automatisées et les robots extrayant des données de leur site web. Le commerce agentique introduit une nouvelle catégorie de trafic qui peut sembler très similaire à celui des bots malveillants. Les vérifications de stocks fréquentes, les flux de paiement automatisés et les achats programmés rendent plus difficile de distinguer l’automatisation légitime des tentatives d’actes frauduleux.

Aujourd’hui, les commerces en ligne doivent comprendre :

  • Qui est l’agent (identité)

  • Ce qu’il a le droit de faire (mandat et autorisations)

  • Ce qu’il cherchait à faire en comparaison de ce qui s’est effectivement produit (intention vs exécution)

En l’absence de ces éléments, le commerce se voit contraint à choisir entre bloquer l’automatisation pour assurer sa sécurité ou l’autoriser et prendre des risques. La responsabilité rend les choses plus complexes. Si un agent interprète mal l’intention et achète la mauvaise quantité ou agit sur la base d’informations obsolètes, qui endosse la responsabilité ?

Sur le plan de la sécurité, se préparer aux agents implique de pouvoir vérifier la légitimité de l’agent, contrôler les actions qu'il est autorisé à effectuer et conserver une trace d'audit claire de chacune de ses actions. Cela suppose aussi de savoir distinguer les bots malveillants des agents autorisés, sans entièrement fermer la porte à l’automatisation. 

Ici aussi, les commerces en ligne peuvent prendre des mesures pratiques. Beaucoup d’entre eux réétudient déjà leur stratégie face aux bots pour ne plus bloquer tout trafic automatisé, mais le diviser en segments différents. En matière de confiance, les protocoles émergents permettent de vérifier l'identité, le champ d'action et les intentions des agents. Les prestataires de services de paiement compatibles avec les agents intègrent ces protocoles dans leur infrastructure et offrent aux commerces les outils adaptés pour garantir la confiance et la sécurité des agents.

Cette étape de confiance devient un nouveau vecteur de conversion. Sans cela, un commerce agentique sécurisé est impossible à grande échelle.

Les plateformes de paiement doivent s'adapter à de nombreux protocoles

C'est au moment du paiement que le commerce agentique devient concret, et que la complexité se manifeste rapidement. La plupart des processus de paiement s'appuient sur des formulaires, des redirections, des CAPTCHA et des modèles d'interface utilisateur que les agents ne maîtrisent pas naturellement. Par ailleurs, l’écosystème évolue rapidement et de manière inégale. Différentes plateformes et différents réseaux d’IA définissent des protocoles distincts de découverte, d’authentification et de paiement. Certains suivent des processus tokenisés, tandis que d’autres imitent le comportement humain. Concrètement, cela signifie que la demande des agents ne proviendra pas d’une source unique, mais de différents LLM, types d’agents et protocoles, le plus souvent en même temps.

Pour les commerces, la complexité qui en découle rappelle l’époque de l'explosion du marketing numérique et de la publicité en ligne, avec l’émergence d’une multitude de plateformes, de normes et de processus à gérer en même temps. La compatibilité avec un protocole ne suffit pas. Le trafic peut provenir de différents LLM, de différents frameworks et de protocoles et normes en évolution permanente.

Au niveau du paiement, être compatible avec les agents implique que votre infrastructure peut accepter des transactions initiées par les agents, quel que soit le protocole utilisé, ce qui permet de capter la demande provenant de n'importe quelle interface d'agent. Vous devez donc pouvoir gérer les identifiants tokenisés, les données relatives aux mandats et aux intentions, ainsi que l'authentification des agents, de manière flexible en respectant les normes de sécurité et de conformité. Cela permet accessoirement de connaître les fonctionnalités prises en charge par votre système de paiement via des points de terminaison lisibles par machine.

Les commerces n’ont pas besoin de régler eux-mêmes ce problème de fragmentation, mais il leur faut un plan pour y faire face. À court terme, cela peut prendre la forme d’un partenariat avec des prestataires sachant orchestrer les différents processus de paiement et compatibles avec les normes émergentes, plutôt que restreints à une seule plateforme. Ils peuvent aussi opter pour le maintien d’une compatibilité directe avec différents protocoles. Dans tous les cas, les commerces qui tireront leur épingle du jeu sont ceux qui prendront en compte l’interopérabilité dès la conception.

L’après-vente fait désormais partie de la boucle de confiance

Le commerce agentique ne s’arrête pas au paiement. Sous bien des aspects, c’est lors de l’après-vente que l’on prouve la confiance. Il faut s’attendre à une recrudescence des litiges, demandes de remboursements et chargebacks si les agents agissent sans respecter les attentes des utilisateurs ou s’ils se basent sur des données obsolètes. Les commerces auront besoin de moyens plus efficaces pour déterminer qu’une transaction a bien été autorisée, que le cahier des charges a été respecté et que le comportement de l’agent est resté dans les limites définies.

Les processus d’après-vente s’intègrent au plan de contrôle du commerce agentique. Des systèmes compatibles avec les agents peuvent produire l'autorisation de l'agent comme preuve irréfutable, prendre en charge le traitement automatisé des litiges (ou prendre en charge les flux de résolution automatisés) et adapter leurs politiques à un contexte où une « erreur de l'acheteur » peut se révéler être une « mauvaise interprétation de la part de l'agent ». 

C’est ici que davantage de flux de résolution automatisés vont émerger. Les commerces en ligne peuvent se préparer à cette évolution en s’assurant que les données relatives aux transactions des agents sont enregistrées avec suffisamment de contexte pour le règlement des litiges et en évaluant la performance de leurs processus de remboursement et de litiges dans un monde où les acheteurs ne seraient pas humains. Sans cela, ce sont les commerces qui risquent de devoir absorber le coût de la responsabilité.

La compatibilité avec les agents n’est pas une fonctionnalité mais un système

En prenant du recul, vous verrez un schéma se dessiner. La compatibilité avec les agents ne se limite pas à une intégration ou un protocole unique. Elle exige de bâtir un système qui fonctionne sur l’ensemble du cycle du commerce agentique :

  • Une découverte des produits conçue aussi pour les machines

  • Une infrastructure de confiance qui distingue les agents légitimes des bots malveillants

  • Des paiements compatibles avec les différents protocoles en évolution constante

  • Des processus d’après-vente qui protègent les commerces des nouveaux risques sur la responsabilité

Traiter l’un de ces éléments de manière isolée crée des angles morts : la découverte sans confiance ouvre la porte à des abus. Les paiements sans flexibilité de protocole vous enferment et restreignent votre champ d’action. La confiance sans protection après le paiement reporte la responsabilité sur le commerçant. Pour tirer leur épingle du jeu, les commerçants doivent aborder le commerce agentique dans sa globalité.

Comment vérifier si ça marche : les commerces peuvent emprunter à l’IA le concept des évaluations. Réalisez des évaluations d'IA en rédigeant des prompts et en créant des agents de test pour simuler la découverte et l'achat de produits. Cela vous aidera à confirmer que les produits sont visibles et lisibles dans différents contextes et à mettre en évidence les lacunes dans les métadonnées ou les critères contextuels.

Compatibilité avec les agents : la méthode Airwallex

Le commerce agentique n’en est qu’à ses balbutiements et les normes ne sont pas encore établies. C’est justement pour cela que l’infrastructure est déterminante. La stratégie d’Airwallex est de concevoir des routes universelles pour le commerce agentique : une infrastructure modulaire, adaptable à tout protocole, qui aide les commerces à accepter les demandes et paiements des agents sur toutes les plateformes sans dépendre d’un écosystème donné.

Sur le plan des paiements et de la confiance, cela se traduit par des fonctionnalités dont les commerces vont avoir rapidement besoin : une infrastructure qui gère les identifiants et mandats tokenisés, des routes de paiements compatibles avec les nouveaux protocoles agentiques et des systèmes de risque capables de vérifier l’identité des agents, d’analyser leur comportement et de maîtriser l’exposition au risque de responsabilité des commerces.

Cela dit, le commerce agentique ne se limite pas aux paiements. La découverte et la visibilité des produits sont tout aussi essentielles. C’est dans ces domaines que les commerces en ligne doivent prendre leurs décisions de conception les plus importantes. S’assurer que les données relatives aux produits sont structurées et contextualisées est un aspect de la question. Garantir que l’infrastructure soit accessible aux agents en est un autre. Cela nécessite une bonne coordination entre les systèmes des commerçants, les plateformes et les partenaires.

Notre objectif n’est pas de remplacer l’expérience créée par le commerçant, mais d'éliminer la complexité de l’infrastructure, des interfaces d’agent et du respect des protocoles pour laisser le commerçant se concentrer sur ses produits, et l’aider à maintenir la confiance et à garder le contrôle alors que le commerce devient de plus en plus autonome.

Prendre les devants en se préparant dès maintenant, c’est éviter un retard à rattraper à l’avenir

Le commerce agentique ne va pas remplacer les achats humains du jour au lendemain. Mais ce n’est pas l’idée. Aux États-Unis, près de la moitié des consommateurs (47 %) a déjà utilisé l’IA pour au moins une tâche liée au shopping. Cette information annonce le début d’une ère de l’IA agentique où les acheteurs s’appuieront sur des outils intelligents non seulement pour naviguer sur les sites, mais aussi pour prendre des décisions. Alors que les agents passent du rôle d’assistants à celui de véritables acteurs, l’adoption, même partielle (particulièrement chez les acheteurs fréquents et à forte valeur) va transformer la manière dont la demande parvient aux commerces. Le véritable risque n’est pas que toute la clientèle se mette demain au commerce agentique. C’est que vos clients à plus forte valeur le fassent et que vos systèmes ne soient pas prêts pour leur choix.

Votre compatibilité avec les agents dès aujourd'hui vous prépare à un avenir où la découverte, la confiance et les paiements ne s’appuieront plus sur des systèmes uniquement pensés pour les humains. Les commerces qui bâtissent leur stratégie pour cet avenir ne se contenteront pas de suivre l’évolution, ils contribueront à la définir.

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Mohamed Mehanna
Product Director, Payments Platform

Mohamed Mehanna dirige la plateforme d’infrastructure de paiements chez Airwallex. Il travaille à la construction d’expériences clients innovantes et de routes de paiement hautement performantes. Il a agi comme consultant et créé des produits d’optimisation des paiements ainsi que des produits données pour des organisations telles que Netflix et Adyen. Aujourd’hui, il supervise l’ensemble des expériences et infrastructures de paiement en personne et en ligne chez Airwallex, notamment les solutions de paiement, l’acquisition des cartes et les moyens de paiements locaux et alternatifs ainsi que le commerce agentique.

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